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lundi 10 février 2014

H-BURNS - Off The Map


Pour son quatrième album, le Drômois H-Burns s'est offert les services du grand Steve Albini (Pixies, PJ Harvey), et le moins que l'on puisse dire, est que le résultat s'avère à la hauteur de la rencontre. A l'image de sa pochette, ce disque est une chute libre vers les grands espaces de la musique américaine. Nourri de folk à la sonorité sinueuse percutée d’électricité et d'énergie brute de décoffrage, Off The Map est un voyage en noir et blanc vers un ailleurs plus vrai, plus viscéral.

"Tow Thousand Miles" se met en place doucement, déployant des voiles lourdes comme le ciment, mais quand arrive la voix, ce vaisseau plombé prend miraculeusement son envol pour ne plus jamais toucher terre. Déjà ce morceau joue l'équilibre entre douceur et violence, toujours sur le fil du rasoir. En rupture, "Six Years" paraît presque pop, le rythme y est bien plus soutenu et la mélodie semble taillée pour les radios, à ceci près que le son est trop brut pour les ondes, mais personne ne s'en plaindra. Ballade sublime, "Big Blue" invite aux voyages immobiles et à la traversée du grand océan mental, un véritable trip pour rêveur à l'âme meurtrie. Assez typiquement "Put Your Hands On The Right Man" est une autre de ces chansons crève-cœur qui achèvent les hommes tristes, font grandir les remords et élèvent le regret au rang d'art; exactement ce genre-là.

La musique de H-Burns tient autant du post-rock de chez Constellation que de Bruce Springsteen, c'est une hybride magnifique à l'ADN lourd d'influences diverses. Mieux, Off The Map est simplement un très très bon disque, ne retenez que cela!

samedi 8 février 2014

ETIENNE DAHO - Les chansons de l'innocence retrouvée


J'ai mis le temps avant de venir enfin vers ce disque, encore complètement happé par L'invitation et sa pop millimétrée. Il faut bien dire que Les chansons de l'innocence retrouvée fait partie de ces albums qui ne s’apprivoisent pas si facilement, de ces oeuvres qui s'offrent sur la longueur, bref, des ces disques difficiles et sinueux qui au final s'avèrent être les plus durables. Avec ce dixième LP, Etienne Daho prend le risque de surprendre à nouveau. Après trois albums qui n'étaient que des variations autour d'une même forme de pop, aussi brillante soit-elle, le chanteur semble vouloir à la fois revenir aux sources et regarder vers l'avenir. Les chansons de l'innocence retrouvée est donc fort logiquement beaucoup plus varié et ambitieux. 

Ouverture en cinémascope avec "Le baiser du destin", la musique y est lourde et voilée, la voix plus vaporeuse que jamais, il règne sur ce morceau un doux parfum oriental et psychédélique. "L'homme qui marche", ou comment l'amour devient froideur et tragédie, avec toujours cet aspect cinématographique qui fait tout le sel de la chose. Sur un schéma plus classique, "La peau dure" voit le retour d'un Daho plus traditionnel, simple, pop et efficace. En duo avec Deborah Harry, "L'étrangère" est une merveille disco-pop d'une classe infinie, la mélodie y est diamant précieux serti d'une orchestration en métal noble. Drôle de mise en abîme aussi, puisqu'il y est question de "Call Me" de Blondie... "Les chansons de l'innocence", le morceau-(presque) titre, cible le rétroviseur avec en ligne de mire le Daho des années 80, celui de Pop-Satori, avec son disco noir d'une fraîcheur salutaire. Une parfaite conclusion.

Portées par des orchestrations foisonnantes, les nouvelles compositions possèdent une ampleur assez inédite tout en restant viscéralement pop, toujours en équilibre précaire. Les chansons de l'innocence retrouvée est assurément un grand cru, peut-être le disque le plus abouti de l'artiste.

vendredi 24 janvier 2014

DRIVE WITH A DEAD GIRL - Alma Ata II


Cold Wave, psychédélisme kraut glacé dans la froideur du grand Nord. Bruit blanc pour géantes étendues pas si silencieuses que ça. Alma Ata II est déjà le septième LP de Drive With A Dead Girl, groupe lillois formé durant les années 2000, un album qui creuse encore un peu plus le sillon cold et noisy. Les sons oscillent, saturent et se tordent tandis que la chanteuse, telle une prêtresse nordique, incante et implore dans un flot de vocalises étranges. 

"Deseado", un son venu d'ailleurs qui s’immisce dans notre monde par les portes entre-baillées du temps, la tempête se lève au fur et à mesure que le morceau avance et l'intensité sous-jacente devient frontale. Le vent gronde aux travers des enceintes. Déjà la voix interpelle, elle caresse pour mieux frapper, épaulée par un orchestre qui tente de jouer l'apocalypse. Plus loin, le morceau-titre se veut plus docile, comme une bouffée d'air frais, un moment de répit dans ce lourd périple. C'est presque pop, étonnamment doux malgré la rugosité du son. Gros morceau, "Fabulous Tank" multiplie les humeurs et les climats, tantôt dense, tantôt vaporeux, toujours glacial. S'étirant sur plus de 17 minutes, il laisse l'auditeur se perdre dans ses songes, le rappelant parfois à l'ordre, puis le relâchant, joueur. Une épopée flippante jumelle des productions atypiques du label Constellation, un gage de qualité.

Alma Ata II, tel les disques de prog-rock prussiens des seventies, n'est pas facile d'accès, parfois bancal, souvent beau, mais toujours intense.

Bandcamp

jeudi 12 décembre 2013

BEN HARPER with CHARLIE MUSSELWHITE - Get up!


Encore une belle rencontre, placée sous le signe du blues cette fois. Du vrai blues sans fioritures, du gras, du vivant, de l’authentique, et non cette mélasse insipide qu'on nous sert trop souvent en essayant de nous faire passer des vessies pour des lanternes. Pas de ça ici mon gars. Quand Ben Harper accompagné de ses désormais fidèles Relentless 7 rencontre le célèbre harmoniciste Charlie Musselwhite, le résultat botte des culs dans la boue du bayou. 

"Don't Look Twice", riff classique à la guitare acoustique, voix haut perchée, un soupçon de slide, un harmonica lorgnant vers la sonorité du loup et l'affaire est pliée. Aucune tricherie sur la marchandise, c'est qu'il faut faire honneur à l'insigne Stax mise bien en évidence sur la pochette. On passe à l'électrique avec le lourd "I'm In I'm Out And I'm Gone", une touche Hendrixienne noyée dans la pureté du blues, un régal. La ballade "You Found Another Lover (I Lost Another Friend)" renvoie aux grandes heures de Taj Mahal, rien de très original, mais quel pied. Avec l'inquiétant "Ride At Dawn" le groupe passe à la vitesse supérieure, ce chant de soldat possède une touche chamanique qui n'est pas pour déplaire. "Blood Side Out", c'est Johnny Winter en colère, du blues qui cogne dru et file à 200 mph, du tonitruant solo de Charlie, à la rythmique qui bastonne, tout ici n'est que pure énergie. L'aventure se termine avec "All That Matters Now" qui sonne comme ce vieux folk de Louisiane, une musique de porche pour soleil couchant.

Get Up! est un putain d'album, un compagnon de route à la simplicité très agréable. Le meilleur de Monsieur Harper depuis bien longtemps.

mercredi 11 décembre 2013

BILLIE JOE + NORAH - Foreverly


Que se passe-t-il lorsque deux artistes très différents s'associent pour rendre hommage à un groupe culte, et qu'en plus ils se focalisent sur un seul album du dit-groupe, qui à la base est lui-même constitué de reprises du répertoire classique de la musique américaine? C'est à cette question alambiquée que répond ce disque.

Quand Billie Joe Armstrong et Norah Jones unissent leurs voix pour un vibrant tribute à l'album Songs Our Daddy Taught Us des Everly Brothers, le résultat est simplement splendide. Du miel pour les oreilles, du nectar pour les enceintes ou du baume pour le cœur et l'âme. Oh, rien de spécial ici, non, juste de la belle musique traditionnelle américaine interprétée avec simplicité et sans la moindre fioriture, à l'ancienne. Le duo de voix fonctionne à merveille, si Norah Jones est en terrain connu, Billie Joe lui surprend déjà plus, son chant n'est que douceur et volupté; on savait l'homme bon chanteur, mais pas à ce point. Les Everly Brothers étaient les rois de l'harmonie à deux voix, marcher dans leur sentier n'est donc pas une chose aisée, et pourtant notre improbable binôme relève le défi haut la main.

Que ce soit sur les morceaux purement country tels que "Roving Gambler", "Long Time Gone", "Silver Haired Daddy Of Mine" ou les ballades épurées "Kentucky", "Down In The Willow Garden", la magie est au rendez-vous. Mieux encore, "Put My Little Soes Away" qui referme la galette se paye même le luxe d'être supérieure à la version des frangins, pourtant magnifique. Tout du long, l'orchestration est impeccable, seules quelques zébrures de guitares électriques apportent par endroit de subtiles touches de modernité. 

Foreverly est un heureux incident, un mariage réussi, une vraie belle rencontre. Voici un disque fort simple qui fait le plus grand bien.  

mardi 10 décembre 2013

THE BLACK WAVES - Thousands Of Visions


Décidément cette année fut placée sous le signe du psychédélisme noir, les groupes du genre ont attaqué sur tous les fronts, peu importe les nations. Des chiliens de Föllakzoid, aux anglais d'Uncle Acid en passant par ces texans de Black Angels, tous ont dégainé en même temps pour le plus grand plaisir des cramés en manque de trip. C'est maintenant au tour de la France d'envoyer une fusée sonique dans l'hyper-espace avec un jeune groupe lillois fort prometteur, les Black Waves. Même son lourd et vrillé que les cousins texans, même esthétique millésimé et surtout même parfum vénéneux. Clairement les vagues noires caressent les anges à l’identique couleur, avec un premier album en tout point efficace.

"The Shepherd", "Full-Time Dreamers" ou "1000 Miles Away" vous entraîneront dans un vortex acide dont il sera bien difficile de sortir. Ce qui frappe d'entrée de jeu c'est la rigueur avec laquelle le groupe étire les sons sans jamais perdre la maîtrise des morceaux. Alors certes cela manque un peu d'originalité, mais qu'importe, le plaisir est bien là. La vraie différence viendra avec "Levitation", le genre de titre qui fait toute la différence, entre une introduction renvoyant directement à ce que faisaient les Goblin pour habiller les films de Dario Argento, et une seconde partie toute aussi suffocante, c'est un sans faute. Plus loin, "A Last Kick In The Head" défonce les portes tant traversées de la perception avec une jouissance non feinte, un grand moment.

Sans révolutionner le genre, The Black Waves nous offre un premier album franchement réussi et dense. Pour amateurs de la chose psyché.

Lien Soundcloud

Site du groupe

jeudi 5 décembre 2013

THE WARLOCKS - Skull Worship


Fin de cinq années d'un silence pesant, les sorciers psychédéliques sont enfin de retour... Après un début de carrière plutôt prometteur (Ah Phoenix, ce putain d'album rétro-psyché de folie...), le groupe a explosé en plein vol avant de se métamorphoser (à la suite d'une perte de personnel drastique), en un diamant noir distillant un rock psychédélisme obscur totalement dénués de la moindre lueur d’espoir. Skull Worship vient donc, d'après les dires de son créateur, clore la trilogie entamée en 2007 avec le sublime Heavy Deavy Skull Lover.

L'album débute brutalement avec l'oppressant et martial "Dead Generation", les Warlocks nous envoient une armée de zombies affamés en guise de politesse. Le morceau est puissant, l'apocalypse guette et c'est, comme toujours, un véritable plaisir. Le deuxième titre "Chameleon" se veut plus planant, mais non moins noir, sur ce morceau le groupe creuse le sillon entamé il y a près de sept longues années déjà, un locked groove visiblement vampirique et insatiable. Sur "He Looks Good In Space" ce sont les synthétiseurs qui prennent le pouvoir, leurs ondulations vintages sont autant de plaintes électroniques qui se perdent dans l'espace et le temps. Du rock-drone d'une étrange beauté. "You've Changed" s'élève un peu plus vers un semblant de lumière, cette même lueur noire qui éclairait déjà difficilement The Mirror Explodes, le précédent opus du groupe paru en 2009. Pour finir les Warlocks nous gratifient d'un étrange instrumental passé à l'envers, "Eyes Jam" résonne comme une incantation, comme un chant de sorcier moderne et lysergique.

Skull Worship est vénéneux, il suit la même route chaoteuse que ses glorieux aînés. Voici un groupe qui a définitivement réussi sa mutation.

Lien Youtube - Dead Generation

jeudi 14 novembre 2013

AGNES OBEL - Aventine


Agnes Obel, la magicienne aux chansons agissants comme des sorts, revient en même temps que l'automne. Pour son deuxième album, la jeune Danoise peaufine un peu plus son style, mais sans grands bouleversements, la surprise provoquée par Philharmonics n'est plus, mais la magie demeure heureusement intacte. 

Quelques notes de piano s’échappent des enceintes telles des volutes de brume s'évadant d'un sous-bois humide. "Chord Left" nous accueille chaleureusement comme pour mieux nous faire oublier le froid ambiant. Porté par des cordes discrètes mais amples, "Fuel For Fire" est d'une beauté surréaliste; piégé par l’élixir de la belle, il sera bien difficile de résister à son chant de sirène neigeuse. Agnes Obel lâche un peu sa brocéliande nordique pour un paysage urbain prisonnier du froid. "Dorian", "Aventine" ou "Run Cried The Crawling" semblent émaner d'un mal-être de béton, d'un crachat citadin rêvant de verdure, de l'amour triste en exil. L'orchestration à la simplicité surnaturelle respire comme un corps endormi, le battement près du cœur fait craquer le bois des instruments. Une musique pure. "The Curse" rappelle les débuts de Yann Tiersen, la voix envoûtante en plus. Enfin, "Words Are Dead" traîne sa tristesse comme un diamant noir afin de mieux irradier l'espace d'une lumière intense. 

Certes, la chanteuse ne prend aucun risque avec ce nouvel opus, mais qu'importe, l'intense plaisir est toujours présent. Agnes Obel possède un truc en plus, vous savez cette petite chose indescriptible qui fait les grands artistes. Un minuscule rien qui change absolument tout.

mercredi 13 novembre 2013

COSMIC MACHINE - A Voyage Across French Cosmic & Electronic Avantgarde (1970-1980)


Les rétro-fusées brûlent le kérosène, l'astronef tremble avant de s’élancer dans le temps et l’espace, cap sur planète France, cap sur un monde invisible. Un long voyage vers une galaxie oubliée, un univers de notes en suspens et de sons lumineux et saturés. La machine cosmique renferme le meilleur de la bidouille et de l'avant-garde française de la décennie des défricheurs. Rien que de la qualité, des grands noms, d'autres plus obscurs, mais toujours cette folie ambiante dans la chaleur de la machine. Des trésors datant du temps de l'analogie et de la matière. Vulgarisation ou science-fiction cheap, voici une compilation de rêves pour qui fantasme de décors en carton pâte et de martiens hostiles.

Le trip commence doucettement, tel un rêve de velours grâce à un court mais très bon morceau instrumental de Patrick Juvet. On est ici assez loin de "Où sont les femmes?", l’exploration est de rigueur et la folie permanente. Après cette mise-en-bouche de qualité nous passons à la vitesse supérieure avec la version longue du générique de la légendaire émission des frères Bogdanov: Temps X. Au rayon des curiosités délicieuses, notons la présence d'un Gainsbourg en totale roue libre synthétique, éjaculant vigoureusement son "Le physique et le figuré"; un grand moment de démence electro-pop. Il y a aussi l'isolement moderne "Love Machine" de Space Art, une espèce de Kraftwerk injecté de pop acide et de hip-hop. L'immense François De Roubaix nous gratifie d'un bref mais inquiétant "Survol", une pièce de choix. Jean-Jacques Perrey, l'un des pionniers de l'electro en France est aussi présent via son tube, "E.V.A", une tuerie futuro-pop voisine du "Psyché Rock" de Pierre Henry. Preuve que la French-Touch n'est pas née dans les années 90...

Les illustrations de Philippe Druillet échappé de Métal Hurlant offrent à cette compilation un écrin à la hauteur de ses ambitions. Contenant et contenu de qualité en somme, voici la compilation indispensable de l'automne.

jeudi 7 novembre 2013

EMINEM - The Marshall Mathers LP2


Voici sans doute la parution Rap de l'année, pensez donc, Eminem revient aux sources de son art. Après un long silence suivi par deux albums plutôt médiocres, il y avait de quoi se questionner sur la santé artistique du bonhomme, mais toutes les craintes semblent s'éteindre ici. The Marshall Mathers LP 2 fait suite au classique paru il y a déjà 13 ans, et s'il n'a pas tout à fait la tenue de ce dernier, il n'en demeure pas moins un disque absolument grandiose. La valse des producteurs pénalise l'album d'une hétérogénéité pas toujours très agréable. En effet, certaines productions ont du mal à soutenir la comparaison, ainsi "The Monster" interprété en duo avec Rihanna, fait assez pâle figure face au très Old School "Berzerk" produit par le légendaire Rick Rubin. Du coup, il manque à ce MMLP2, l'aspect entier et accidentel de son illustre aîné. Un défaut bien vite effacé à l'écoute d'un "Ryhme Or Reason" dynamitant "Time Of The Season", le standard des Zombies, une tuerie sur lequel le flow démentiel d'Eminem fait des merveilles, ou encore "Rap God" auréolé par son record de débit (101 mots en 16 secondes!!!). Slim Shady prouve qu'il n'est pas arrivé là par hasard, une vraie leçon pour toute cette armée de pseudo-rappeurs dont nous abreuvent allègrement les radios et les chaînes de télé. L'album jongle entre du très classique ("Bad Boys" ou "Survival") et du barré bien jouissif, tel que le monstrueux "So Far..." qui tartine la variété la plus crasse de morve et de merde, brillant. "Love Game" est du même tonneau, sublimé par la présence de Kendrick Lamar, ce morceau samplant le "Game Of Love" de Wayne Fontana & The Mindbenders est l'exemple type de ce que le Hip-Hop devrait toujours être... 

Malgré ses deux ou trois fautes de goût MMLP2 est grandiose, c'est l'album que l'on attendait plus de la part d'Eminem. Pas simplement l'album de rap de l'année, mais l'un des albums de l'année, toutes catégories confondues.

mardi 3 septembre 2013

BLACK JOE LEWIS - Electric Slave


Attention, Achtung, Warning, disque bouillant! Rien que la galette crame sévèrement les doigts. Déjà que la précédente livraison du mec envoyait sévère, celle-ci grimpe encore de plusieurs crans sur l'échelle de la folie. Black Joe Lewis délaisse ici son folklore soul pour voguer vers des océans plus électriques, et la caravelle est hantée par le fantôme de Jimi Hendrix, c'est sûr! S'il y a toujours des cuivres, ces derniers se noient dans un déluge de saturation du plus bel effet, mais par un étrange tour de passe-passe, leur présence libère encore un peu plus la bête rugissante. Une décharge d'adrénaline de près de trois quarts d'heure en somme. 

Ça démarre rudement avec "Skulldiggin", un titre qui envoie le pâté d'entrée de jeu, comme ça gratuitement et sans sommations. A peine le temps de dire "Bordel c'est quoi ce truc?" que déjà le groupe nous balance un "Young Girls" en mode country-destroy. Le compteur grimpe, le moteur est boosté à la nitro! Un peu plus loin "Guilty" se rend coupable de folie contagieuse, la chose est un monstre cracheur de feu, une tentation de démons. Avec "Vampire", c'est une armée de créatures de la nuit qui débarquent, le rythme est lancinant, du blues électrique bardé de cuivres rouges et chauds comme du sang neuf. Et puis il y a "The Hipster", une tuerie; un peu comme si les Blues Brothers expédiaient leur "Somebody To Love" les tronches plongées dans des saladiers de coke. Fuck Dat Shit! L'album se clôt en beauté avec "Mamma Queen", de la soul branchée sur du 220 volts qui met fin au déluge et nous laisse con! Con mais heureux.

Si ce disque était paru en 1967 on en causerait encore aujourd'hui, mais malheureusement il sort à une époque maudite pour la musique populaire. Des albums de cette trempe, on n'en voit pas tous les jours. Black Joe Lewis atteint une sorte de climax avec cet Electric Slave; en pleine possession de son art, il nous offre uniquement la quintessence. Et puis matez moi cette pochette, d'enfer aussi, ce qui ne gâche rien.

mercredi 28 août 2013

GREEN DAY - ¡Uno! - ¡Dos! - ¡Tré!

Avec un peu de retard, voici enfin la chronique de la trilogie bariolée du jour vert. Le "Sandinista" capitaliste du groupe, pas de triple album au prix d'un seul, mais trois albums séparés vendus au prix fort. La pilule est difficile à avaler de la part d'un groupe punk, ou qui a débuté comme tel. Car punk, Green Day ne l'est plus depuis longtemps. Ces dernières années, le trio (d'ailleurs quatuor ici) s'est même laisser aller à quelques incursions dans un rock de stade bien lourd, chassant sur les terres fertiles du perfide Bono et ses sbires. Le succès fut colossal, et c'est sans doute ce qui poussa le groupe vers l’excessif et périlleux exercice du présent triptyque.

¡UNO! - lien Spotify


Partant d'un mauvais pied, je me lance dans l'aventure avec méfiance. Et là, bang! Grosse déflagration, ça démarre en trombe avec un "Nuclear Family" dévastateur, qui rappelle les grandes heures de l'album Dookie paru il y a presque vingt ans. "Stay The Night", bien que plus posé, est du même tonneau, elle s'écoute avec le semblable bonheur que celui de revoir de vieux potes perdus de vue. Putain que c'est bon! La section rythmique est toujours aussi massive, Tré Cool est un des meilleurs batteurs punk de l'histoire, l'un des rares possédant un jeu immédiatement reconnaissable. L'heureux mixage rend le tout très clair et sans fioritures. Chacun des trois volumes possède au moins un morceau What The Fuck?!, ici c'est le discoïde "Kill The DJ" qui endosse ce rôle. La chose est jouissive, étonnamment taillée pour le dancefloor, mais heureusement très troisième degré. Plus loin, "Rusty James" réveille le Green Day de Warning pour le plus grand plaisir des fans, une sorte de réminiscence de "Dead Beat Holiday". Ce premier volet se referme sur "Oh Love", un rock à la cool, pas si éloigné du "Should I Stay or Should I Go" du Clash.

¡DOS! - lien Spotify


Après une courte introduction qui rappelle étrangement Simon & Garfunkel ("See You Tonight"), le groupe enchaîne sans sourciller avec un "Fuck Time" brûlant du feu des enfers. Relents Sex Pistoliens joliment doublés de rock 50's, du grand art! "Wild One" est une ballade punk dans la grande tradition de ce que le groupe sait faire, rythmique carrée et basique plus mélodie pop imparable. Imparable, c'est le mot! L'ambiance de ce deuxième volume est un peu plus légère, plus pop-garage, d'ailleurs "Stray Heart" s'inscrit parfaitement dans ce registre. Mais passons directement au WTF?! réglementaire: ici un "Nightlife" flirtant avec le disco et le rap, c'est étrangement putassier mais pourtant récréatif et diablement efficace. Allez comprendre! Sans temps mort, le groupe reprend la barre avec un "Wow ! That's Loud" qui porte plutôt bien son nom. Gimmick de guitare inventif, punk speedé, la recette immuable en somme. Ce qui n'est pas sans rappeler Stiff Little Fingers, l' une des grandes influences avouées de Green Day. "Amy" clôt divinement l'album, avec un Billy Joe décontracté et seul à la guitare.

¡TRE!  - lien Spotify


Pour changer, le troisième volume commence directement avec la chanson qui dénote, histoire de déstabiliser encore plus l'auditeur déjà suffisamment circonspect, celle-ci est une ballade soul à forte résonance Gospel. Oui, c'est bien un disque de Green Day, et en plus le morceau est grandiose. Retour dans ses vieilles Converses usées avec "Missing You", du Jour Vert pur jus. "Drama Queen" de son côté est principalement acoustique, mené d'une main de maître par Billy Joe Armstrong au piano, pour changer. Plus loin, "A Little Boy Named Train" a beau être un morceau de remplissage, son efficacité n'est pas à démontrer, du punk-rock pur malt sans chichi. "Dirty Rotten Bastard" est un opéra punk, une sorte de "Bohemian Rhapsody" de la crasse. Certains passages du titre renvoient aux meilleures compositions des Dropkick Murphys; du haut de ses six minutes, ce morceau en jette grave. Dernière tournée! C'est avec une certaine mélancolie qu'on ressort du bar après plus de deux heures passées avec de vieux potes, "The Forgotten", la bien nommée, fera rouler quelques larmes. On promettra de se revoir vite, mais les promesses sont ce qu'elles sont...

Franchement, ce coup-là, je ne l'avais pas senti venir, car sans être de mauvais disques,  American Idiot et 21st Century Breakdown m'avaient globalement laissé froid, mais ce trio de skeud est grandiose. Sans aucun doute ce que le groupe a produit de mieux.

¡Cuatro! étant le dvd du making-of de la trilogie, vous ne m'en voudrez pas de le passer sous silence. D'autant que son intérêt semble plus que relatif...

jeudi 27 juin 2013

QUEENS OF THE STONE AGE - ... Like Clockwork


Pas moins de six années séparent "...Like Clockwork" de son prédécesseur, le très moyen "Era Vulgaris". Six années durant lesquelles Josh Homme n'a pas chômé, entre ses projets annexes et son rôle de producteur pour Arctic Monkeys. Mais plus d'une demie décennie c'est long, et "... Like Clockwork" est forcément un peu décevant, impossible pour lui de combler toutes les attentes. D'autant plus que les fans hardcore pourront également reprocher le virage pop pris par le groupe. Mais c'est justement l'apaisement général émanant de ce disque qui fait sa force. En troquant le Barnum-circus à la Kyuss, nos désertiques stoners insufflent un peu de légèreté salutaire à leur rock plombé. Évitant ainsi de trop se répéter.

Si l'affaire débute dans la plus pure tradition stoner avec "Keep Your Eyes Peeled" et "I Sat By The Ocean", très vite le ton change et dérive vers une étrange mélancolie. "Vampyre Of Time And Memory" se déploie lentement dans ce qui semble être une ballade type 70's, mais la piste est brouillée, le vampire en question sème le doute et le trouble. Juste après "If I Had A Tail" est bien plus coloré, pop en diable, d'une redoutable efficacité; les mauvaises langues diront "commercial", mais qu'importe. "Kalopsia" quant à elle renvoie aux chansons plus lyriques des anciens albums, mais avec un étrange arrière-goût de Muse, ce qui est plutôt problématique. Le très 90's "Fairweather Friends" est sauvé de la noyade par le piano d'Elton John; bien qu'un peu perdu dans le mixage, celui-ci danse littéralement sur la lourdeur ambiante. Après plusieurs titres un peu faibles l'album reprend de plus belle avec un "Smooth Sailing" bien groovy, enfin un peu d'air frais. En guise de final, le groupe nous offre "Like Clockwork", la chanson-titre, une sublime ballade du genre intense; véritable descente toute en douceur zébrée d'élans guitaristiques flamboyants. Une bien belle fin.  

"...Like Clockwork" n'est pas le chef-d'oeuvre attendu; loin de posséder la densité de "Song For The Deaf", celui-ci reste malgré tout un bon disque de "Stoner-pop". Cependant nous étions en droit d'en demander plus, d'autant que la liste d'invités de marque est longue comme un jour sans pain, mais ceux-ci semblent écrasés par le monstre Stonien, seul le piano d'Elton John surnage. Dommage.  

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lundi 24 juin 2013

AIRBOURNE - Black Dog Barking


Lâchez les chiens, les kangourous hyperactifs sont de retour pour une nouvelle distribution de bourre-pif avec un troisième album qui sent bon le hard millésimé. Un mélange de foutre, de jouissance, du fuel et de bourbon, le tout branché sur du 220 volts. High Voltage Rock 'N' Roll en somme, rien de bien nouveau, mais bordel, que ça fait du bien. Une décharge salutaire comme seuls les Australiens semblent être capables d'en donner. Avec "Black Dog Barking", Airbourne prouve qu'il n'est pas juste une copie moderne (mais presque conforme) d'AC/DC, empruntant parfois des chemins de traverse (sans pour autant trop dévier de leur ligne directrice), nos sautillants australiens élargissent un peu la gamme chromatique de leur musique. Un changement dans la continuité.

L'album démarre très fort avec un "Ready To Rock" en forme d'hymne pour stade; la chose rappelle fortement un certain "Thunderstruck", imparable. La tension monte encore d'un cran avec le furieux "Animalize" au refrain dévastateur; on comprend mieux le chien de la pochette du coup. Plus loin, "Firepower" porte bien son nom, tant il fait parler la poudre, encore un morceau taillé pour la route. L'introduction de "Live It Up" est un condensé de plusieurs décennies de hard rock: sirène qui hurle, montée en puissance puis explosion. Le reste du titre déchausse les ratiches, réveille les morts, botte des culs, bref c'est du lourd, du gras, de l'essentiel! "Hungry" métisse son hard avec quelques sonorités chicanos avant de carrément virer rock speedé pour notre plus grand plaisir. L'album se referme avec la chanson-titre, une autre perle noire enfilée sur un collier déjà bien garni.

"Black Dog Barking" fera augmenter votre consommation de bière de façon considérable; il est important de s'hydrater. 

dimanche 26 mai 2013

RACHID TAHA - Zoom


Pour son neuvième album solo, Rachid Taha nous transporte dans un bouillonnement multiculturel. Entre Rock, Raï, Blues, Dub ou Western Spaghetti, le voyage n'aura aucune frontière, un métissage de sons et d'idées, pour une musique qui rejaillit belle et nouvelle. Politique assurément, tant dans le fond que dans la forme, ce disque est punk autant que traditionnel. A cinquante ans passés, le chanteur n'a pas remisé sa rage au garage et c'est tant mieux.

Décor à la Sergio Leone, le pistolero est arabe et le désert différent; la musique soulève la poussière, elle déchire la nuit de son cri du coeur. "Wesh (N'Amal)", le morceau d'ouverture, est une pure merveille. "Zoom Sur Oum", parole de Jean Fauque pour un vibrant hommage à Oum Kalsoum, nostalgie. "Jamila" aborde le thème délicat du mariage forcé, porté par un orient-punk electro juste démentiel. Autre grand moment: la relecture aérienne de "Now Or Never" d'Elvis Presley, c'est splendide ce mariage entre Orient et Occident, un truc à faire tomber tous les murs. Retour vers des climats de Western avec "Ana", superbe ballade aux accents country avec toujours ce rêve d'Orient, habile. "Les Artistes" traîne son blues voyageur en mode swamp rock dans la boue du bayou, pas de passeport, pas de visa pour encombrer l’expédition. Puis c'est "Algerian Tango", un bouillonnant dub balancé avec l'ami Mick Jones du Clash, cela rappelle les grandes heures de "Sandinista" ou "Black Market Clash". Le duo continue de nous surprendre avec une nouvelle version de "Voilà Voilà", mais cette fois ils sont rejoints par Brian Eno. Vingt ans après, ce morceau est toujours tristement d'actualité, à la mémoire on a bien choisi l'oubli....

Putain de disque!

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samedi 11 mai 2013

KADAVAR - Abra Kadavar


L'infirmière a beau être sexy comme un enfer avec ses fishnets noirs sous sa blouse blanche laissant entrevoir son intimité pulmonaire, lorsqu'elle débarque l'air vicelarde avec sa grosse seringue, on ne fait pas le malin. Direct dans les fesses; le sérum? Un mélange graisseux de Grand Funk et de Black Sabbath. Un truc qui vous colle la patate, un énergisant apte à vous faire courir une étape du Tour de France. Du bon gros hard typé seventies avec la dose de psychédélisme qui va bien. Rien que la pochette, du lourd avec les trois barbus qui semblent sortir tout droit du sud profond des Etats-Unis, alors que le groupe est Berlinois... Le power trio est formé de Lupus Lindemann (Guitare/chant), de Tiger (batterie) et de Mammut (basse), que Nicky Larson n'a visiblement pas vaincu ...

Réanimation du cadavre avec le bien nommé "Come Back Life", riff lourd, batterie qui cogne dru et basse grasse comme rarement; du classique rien que du classique, mais que c'est bon. Cassure de rythme typique d'une époque révolue, solo ciselé de Stoner halluciné, Kadavar file tout le jus nécessaire pour que son Frankenstein batte la mesure. "Eye Of The Storm", perdu dans l'oeil du cyclone, le chaos autour de nous, arbres déracinés, voitures détruites, la tempête dévaste tout, c'est le son de l'apocalypse. "Dust" démarre dans la poussière avant de la faire se vaporiser dans un nuage sombre à grand renfort d'amplificateurs poussés à leur zénith! Pour son final, le trio Berlinois s'offre un trip profond sur fond de psyché plombé, les sons se distordent et saturent dans un voyage acide et désertique.

Bien sûr, Kadavar n'a pas inventé l'eau chaude, les vieux routards du hard n'y verront peut-être qu'une redite de leurs premières amours, mais force est de constater que la chose est rudement bien troussée. Un bon gros disque de hard-rock bien lourd et pas prise de tête, tout bon quoi!

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dimanche 21 avril 2013

PSYCHIC ILLS - One Track Mind


Psychédélisme feutré, cool jusqu'au bout du médiator, traînant sa hargne alangui dans un brouillard blanc et enveloppant, volutes d'herbes montantes vers des cieux peu cléments, odeur de fleurs en flamme dans le matin narcotique. Bon j'arrête là l'onirisme à deux balles, je vire les oripeaux textuels vains pour vous causer d'un récent album un brin embrumé qui m'a littéralement mis sur le cul de part sa coolitude absolue et sa douceur faite de rage contenue. Un disque à la croisée des chemins, entre un Spacemen 3 et un Black Angels, le tout en moins frimeur!

"One More Time" s'échappe doucement des enceintes pour enfumer le cerveau d'un auditeur déjà acquis, son acoustique ossature charme comme une gracile danseuse. "See You There" plonge plus profond dans les tréfonds de la psyché, sombre et claustrophobique mais qui jamais ne sature. Chez les cramés de Psychic Ills on entraîne le quidam égaré dans un délire acide, mais toujours en douceur. Plus loin "Depot" durcit encore un peu plus le ton, mais qu'importe, le voyage peut bien être de plus en plus chaotique, il n'y a plus rien d'autre à faire que de se laisser aller, porté par cette vague incessante de musique mouvante. "FBI" se pose en échos déformé de "One More Time", structure aléatoire et visions absconses de neurones rongés par l'acide. Retour à la clarté estivale avec "City Sun", les couleurs sont à nouveau audibles et les sons visibles. "Western Metaphor" est un duel au soleil de deux cow-boys plus chargés qu'une armée de hippies ou de Jamaïcains bouffés par une chaleur tropicale. Les yeux sont rouges et la sueur coule le long de leurs fronts souillés par le sable dévorant, les vautours rôdent déjà, mais cette viande est contaminée! Fin de trip, "Drop Out", que ce voyage fut étrange, difficile de réellement émerger après cela! Le fantôme du 13th Floors Elevators période "Easter Everywhere" plane sur cette galette.

Soyons clair, "One Track Mind" ne réinvente pas le buvard de L.S.D, mais quel régal. Des disques psychés de cette trempe, il n'en tombe pas un tous les jours.

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jeudi 18 avril 2013

DIDIER WAMPAS & BIKINI MACHINE - Comme dans un garage


Alors que le monde entier, que dis-je, l'univers dans sa grande intégralité attendait un nouvel opus des fantastiques Wampas, le trublion en chef revient accompagné des Bikini Machine. "Comme dans un garage" fut enregistré comme dans un garage au studio Toe Rag en deux semaines seulement, et entièrement en analogique mon bon monsieur! Aucun ordinateur n'a donc été blessé durant cet enregistrement. Mais concrètement quoi c'est qui change entre un skeud de Didier avec les Bikini et un skeud de Didier avec ses Wampas? Bah, pas grand chose, c'est juste moins punk! Bikini Machine offre à Monsieur DW un écrin yéyé-rock jerkisant dans les sixities sous le soleil de Saint-Tropez. Musicalement c'est à la fois désuet et super classe; lorgnant parfois vers le surf des origines, période "Les Wampas vous aiment"!

Ça démarre fort avec un "Viré de Skyrock" de tous les diables, qui comme son nom l'indique ne sera pas diffusé sur Skyrock, il n' y a pas tromperie sur la marchandise. Suivi de près par l’inénarrable "Le Disco ça pue", un titre qui se passe de commentaire, tout est dit, c'est un peu expéditif et radical, mais pas forcément faux. Encore que, il y a du très bon disco... Poursuivons notre plongée dans l'étrange avec "La ville s'appelait Rodolphe", un rock punky un brin psyché, c'est dans ses moments-là que Bikini Machine brille, leurs arrangements toujours justes étoffent sacrément les compositions ultra-basiques de Monsieur Wampas. Douce sonorité, quasi-Velvetienne, "Virginie" ballade son tempo d'une autre époque dans un souffle analogique plein de vie. Voyage. "Si tu me quittais des yeux" est une reprise/hommage à l'ami Jean-Luc Le Ténia qui a malheureusement quitté cette terre en 2011. Le morceau est magique et l'interprétation grandiose, des bouts de rien qui prennent aux tripes. L'album se clôt avec un hymne country-rock-punk qui résume bien le propos, la raison d'être de tout amateur de zik, "Tant qu'il y a du bruit (y a de l'espoir)"; tout est dans le titre.

Si "Comme dans un garage" n'est absolument pas un chef-d'oeuvre, il n'en demeure pas moins un putain de disque rock, ce qui ne court pas les rues dans notre bon pays!

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lundi 15 avril 2013

BOMBINO - Nomad


Depuis qu'il possède son propre studio à Nashville, Dan Auerbach se fait plaisir en produisant énormément. Que ce soit des groupes garages comme Hacienda (ce qui n'est pas étonnant de la part d'un mec qui a débuté en enregistrant des disques dans sa cave), ou des gros pontes du rock tel que Dr John, le chanteur-guitariste des Black Keys est partout. Hyper-actif et baroudeur, le mec a même produit le second album international du Touareg Nigérien Bombino, et c'est peu dire que la réussite est totale.

Démarrage en trombe avec "Amidinine", un blues lourd et sec qui laisse entrevoir en son coeur les origines de tout un siècle de musique. La guitare mène le jeu; très typée nord-africaine, celle-ci embarque dans son sillon une section rythmique semblant sortir tout droit d'un skeud des seventies! Un chant dans le désert, un chant rebelle qui s'élève comme un fantôme de feu accompagné d'une armée de fauves, et cette musique faite de percussions et de guitares saturées apte à faire tomber tous les murs. "Azamane Tiliade" porte en elle les chants des révoltés. "Adinat" est plus traditionnelle, les amateurs de blues africain seront aux anges avec ce moment de psychédélisme naturel et organique. Hommage au désert, ce grand vide mouvant et passionnant, "Her Tenere" est le chant d'un homme vers un dieu enveloppant et sans pitié. Sur "Aman", Omara "Bombino" Moctar nous offre une fois encore une partie de guitare démentielle, légère et mystique, une subtile danse avec l'inconnu. L'album se clôt avec une merveilleuse ballade, ouverture vers le soleil, le ciel bleu, "Tamaditine" ou la sérénade de l'homme amoureux, celle du poète épris de sa muse.

"Nomad" est un album bouleversant, d'une grande richesse, à la fois traditionnel et moderne. Merveilleusement composé et produit, ce disque est à classer au côté de ceux d'Ali Farka Touré, carrément!

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dimanche 14 avril 2013

IRON & WINE - Ghost On Ghost


Depuis quelques temps, Sam Beam semble vouloir brouiller les pistes folk, balayer les fondements de son groupe à géométrie variable. Mais évoluer pour sortir des sentiers limités de la folk ne se fait pas sans heurts, et "Kiss Each Other Clean", le précédent opus, a pas mal divisé. L'éternelle même affaire d'un Dylan qui passe à l’électrique, dans une moindre mesure. Toujours est-il que ce virage pop fut assez déroutant, mais Iron & Wine en osant le changement a su prendre un risque salutaire tant l'album est une réussite. Ceux qui attendent de Mr Beam un retour aux racines avec "Ghost On Ghost" en seront pour leurs frais, car le monsieur nous livre en ce printemps 2013 ni plus ni moins qu'un album de Jazz... ou presque, car constamment teinté de pop, un habile mélange.

"Caught In The Briars" ouvre l'album dans un bordel jazzy avant de se poser sur une ballade pop-folk d'une douceur salutaire, la voix de Sam Beam se pose là, aiguë et naïve, d'une grande beauté. "The Desert Babbler" est un jazz vocal un peu kitsch, le charme suranné de cet easy listening vous happe vers une luxuriante nostalgie, pour peu que l'on soit réceptif au genre. Plus loin le sautillant "Grace For Saints And Ramblers" offre une bouffée d'air frais nécessaire pour ensuite replonger dans la nuit-jazz qu'est l'album "Ghost On Ghost". Un disque qui contient son lot de ballades sublimes telles que "Winter Prayers" ou encore "Sundown (Back In The Briars)" mais également quelques curiosités comme le subtilement rococo "New Mexico's No Breeze". Encore une chose très easy, mais plus ensoleillé, plus estival. Arrive ensuite "Lovers Revolution", une tuerie jazz complètement démente, avec cette mélodie folle et son rythme qui monte dans les tours comme un moteur chauffé à blanc, un régal!

Au final, même si "Ghost On Ghost" est moins fou, moins aventureux ou coloré que l'était le génial "Kiss Each Other Clean", il n'en demeure pas moins épatant. Assurément un des grands disques de l'année!

Lovers Revolution - Youtube

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