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lundi 10 mars 2014

N°148 - ZZ TOP - La Futura - 2012


Neuf ans d'absence c'est long, presque une décennie foutredieu! Une éternité à l'échelle du progrès. Si le monde tourne trop vite, nos barbus texans, eux, savent prendre le temps. Ils laissent mijoter la tambouille comme tout bon cuistot Tex-Mex qui se respecte, histoire que les arômes et les épices soient bien équilibrés. Ne jamais se hâter semble être la devise des ZZ Top depuis... depuis le début en fait.

Produit par Rick Rubin (décidément, le taux de pilosité en studio défiait l'entendement), ce quinzième opus, sobrement intitulé La Futura, envoie du gras bien suintant au travers des haut-parleurs. Du blues lourd comme seuls les sommets de zizis savent en distiller, de la gnôle triple X qui assomme sévèrement. Dès le départ, l'affaire pue le vice, "I Gotsta Get Paid" fait à nouveau rugir le V8 de ce bon vieux Eliminator, le Ford Coupe customisé a beau être rongé par la rouille, il avale l'asphalte comme au premier jour. La descente de manche de "Chartreuse" est aussi puissante qu'une descente d'organe dans les chiottes d'un TGV lancé à pleine allure. Du blues chauffé à blanc qui cogne fort, le trio n'a visiblement pas lésiné sur le Tabasco! Plus loin "Heartache In Blue" et sa rythmique hip-hop laissent pantois, putain de puissance brute, du ZZ Top dans toute sa splendeur. Psychédélisme lesté de métaux lourds, "It's Too Easy Mañana" tranche avec le reste de l'album et offre une salvatrice bouffée d'acide lysergique.

Concis et racé comme pouvaient l'être les premiers disques du groupe, La Futura, malgré son titre, opère une sorte de retour aux sources tout en conservant la modernité acquise au fil du temps. Sans doute le meilleur album du groupe depuis Degüello!

vendredi 7 février 2014

N°144 - DISCO DEMANDS - A Collection Of Rare 1970's Dance Music - compilation


Sexuelle, moite et démente, la musique proposée dans ce copieux coffret 5 cds édité par Al Kent est d'une qualité absolument sidérante. Teintée de funk et de psychédélisme fou, la programmation composant Disco Demands sonne comme une longue bande-originale de film érotique vintage, en cela, son incroyable pochette ne ment pas. Ambiance garantie.

Dès le départ l'affaire émoustille, la voix suave de Cheryl Berdell excite autant que l'orchestration chatoyante qui la porte; avec "Giving It All To You", le croisière ne fait pas que s'amuser, elle partouze carrément. Le tribalisme de "Cumbaya Disco" des bien-nommés Disco Warriors agit tel un puissant aphrodisiaque. Du vaudou au dancefloor, il n'y a qu'un pas que le groupe franchit allègrement, après tout, il n'est jamais question que de cérémonie et de communion. "Funkathone" envoie du lourd, du son ample aux basses grasses, entre afrobeat et disco pur, ce morceau est une tuerie torride. "Dance, Dance, Dance To The Music (Y'all)" de Ike Noble est un moment de bravoure disco-funk comme seules les années 70 étaient capable d'en produire, de la musique noire, intègre et épicée, un shoot d'adrénaline sonique. Plus loin, "Hey Mister" de Togetherness & Althea Forest traîne son disco du côté obscur, vers des paysages psyché et electro, une version afro de Giorgio Moroder en somme, la chose est à peine croyable.

Disco Demands, c'est près de cinq heures de musique de danse incendiaire et viscérale, de reliques disco échappées d'un autre espace-temps. Le noble art de faire se mouvoir les foules trouve ici de nombreux et sérieux représentants. De quoi transpirer jusqu'au bout de la nuit... De plus, pour ne rien gâcher, l'artwork est magnifique et le son grandiose. Les amateurs d'érotisme à l'ancienne se réjouiront de la présence d'un poster reprenant la photo de la pochette.   

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mardi 21 janvier 2014

N°140 - CHRISTOPHE - Clichés d'amour - 1983


Clichés d'amour paru en 1983 est un album à part dans la discographie de Christophe, un album plaisir, un peu hors-série. Constitué uniquement de reprises, celui-ci baigne dans une ambiance nocturne et jazzy aux relents tenaces de films noirs. Christophe se montre particulièrement à l'aise vocalement, bien calé au milieu de son orchestre swing, il renaît en crooner désuet, tel un fantôme un peu absurde mais beau. Le classicisme de Clichés d'amour pourra surprendre les amateurs des oeuvres plus "évoluées" du chanteur, mais force est de constater que l'exercice de style est parfaitement exécuté.

"Dernier Baiser" nous transporte dans un film en noir et blanc, avec ce romantisme à l'ancienne qui sied parfaitement au beau bizarre. Tout en conservant ce qui fait le sel de ses albums "personnels", Christophe se fond dans le projet sans le vampiriser, c'est-à-dire avec classe et humilité. Chronique d'une nuit blanche, "La Nuit bleue" est un nouveau rêve de jazz vocal, tant au niveau de l'orchestration haut de gamme que de la voix du chanteur, tout ici n'est que perfection. "Danse Perfidia" c'est la femme fatale, la diablesse infidèle, la belle plante carnivore qui se trouve toujours au cœur de l'intrigue; encore une fois l'ambiance de polar noir est parfaitement restituée. Assurément un des sommets du disque. Avec "Arrivederci Roma", le dernier des Bevilacqua nous chante un voyage nostalgique au cœur d'une l'Italie toujours ensoleillée; une Italie de carte postale mais incroyablement belle. Le récital se clôt sur une superbe adaptation de "White Christmas" sobrement intitulée "Noël Blanc", les arrangements sont divins et Christophe s'en sort avec les honneurs. Rares sont les chansons de Noël en français jouissant d'une telle classe.

Clichés d'amour, un disque un peu oublié qui mérite sincèrement d'être redécouvert. Voilà qui prouve que le jazz vocal, tout comme le rock, peut aussi briller dans la langue de Molière. 

lundi 20 janvier 2014

N°139 - LES RITA MITSOUKO - Variéty - 2007


Pour leur ultime tour de piste, Catherine Ringer et Fred Chichin nous ont offert un bijou de simplicité et de beauté. Un album désarmant, jamais vulgaire et encore moins hautain, de l’orfèvrerie pop en somme. Si Variéty est sans aucun doute possible l'opus le plus accessible du groupe, cela ne l'empêche pas d'être d'une densité redoutable. Exit les égarements electro ou quasi hip-hop du passé, les Rita Mitsouko s'offrent un salutaire retour aux sources.

Quelques accords balancés avec simplicité et la magie opère déjà, "L'ami ennemi", comme par hasard est une entrée en matière parfaite. La mélodie qui virevolte sur des arrangements d'une grande classe, le petit solo de guitare saturée, l'harmonica dans le fond, absolument rien ne manque. Après cela "Communiquer d'amour" dérive vers un ailleurs plus vertigineux encore, de la musique en suspens au-dessus du vide, un brillant numéro de funambule. Vaporeuse et onirique, "Rêverie" porte bien son nom; cette chanson d'amour finalement assez banale se voit pousser des ailes sous l'impulsion de son habillage psychédélique. Power pop bizarre, "Rendez-vous avec moi-même" porte la patte déviante des Rita des débuts, de la variété dynamitée et éclatée qui frappe droit dans la fourmilière paresseuse de la normalité. Entre country & western standard et folk 2.0, "She's A Cameleon" voit Catherine et Fred se métamorphoser en formation sud-américaine à la fois dandy et bouseuse, un rêve. Bien entendu il y a "Ding Ding Dong (Ringing At Your Bell)", ce tube disco en forme de fable taillée pour les pistes de danse, absolument imparable.

Variéty, la dernière visite d'un groupe hors-normes, l'offrande terminale et gourmande de Fred Chichin. A noter que le disque existe aussi en version anglaise.

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jeudi 19 décembre 2013

N°131 - CHRISTMAS RULES - Various Artists - 2012


Dans la veine de la série d'albums A Very Special Christmas qui voyait défiler en son sein pléthore d'artistes plus ou moins talentueux de la scène internationale, voici Christmas Rules qui lorgne du côté de l'alternatif. Aux grands noms de la pop moderne, The Shins ou Calexico, s'ajoutent quelques signatures moins réputées mais non moins intéressantes telle que la grande Holly Golightly ou encore un petit jeune nommé Paul McCartney, qui semble promis à un brillant avenir. 

Avec "Wonderful Christmastime" les Shins frappent très fort, nous offrant une relecture joyeusement pop de ce morceau de Paul McCartney (il est partout lui...), on y retrouve la même énergie naïve qui éclaboussait les enregistrements hivernaux de Phil Spector. Au rayon des belles choses citons également "Green Grows The Holly", splendide sous les mains expertes de Calexico, ou encore le langoureux "Baby It's Cold Outside" divinement troussé par le duo formé de Rufus Wainwright et Sharon Van Etten. Escale celtique avec Sallie Ford et Black Prairie via un "(Everybody's Waitin' For) The Man With The Bag" digne des Pogues de la grande époque, frisson garanti. En toute logique, le disque se termine avec le traditionnel "Auld Lang Syne", cette fois-ci, c'est Andrew Bird qui s'y colle transformant cet hymne du Nouvel An en un morceau country que n'aurait pas renié Hank Williams.

Comme toujours avec ce genre d’exercice, il y a du bon et du moins bon. Fun. pour ne citer que les pires, assassinent littéralement "Sleigh Ride" au travers d'une version synthétique à la laideur peu commune, de plus, au chant l'atroce Nate Ruess en fait des caisses comme d'habitude. Mais globalement, l'album est franchement réjouissant et mérite largement de figurer sur votre playlist de Noël.

mardi 17 décembre 2013

N°130 - WILD BILLY CHILDISH & THE MUSICIANS OF THE BRITISH EMPIRE - Christmas 1979 - 2007


1979, le Père Noël est un punk, il pisse dans les souliers, vomit son vin chaud sur la dinde aux marrons et fout le feu au conifère exhibant fièrement ses décorations dans le séjour. Les gosses vivent un vibrant traumatisme, quand soudain le son saturé de la guitare électrique résonne contre les murs, c'est ce bon vieux Billy Childish qui débarque accompagné de ses musiciens de l'empire britannique. En dignes héritiers des Sonics, notre trio défouraille un rock brut de décoffrage, mal dégrossi, mais diablement jouissif. De quoi faire vaciller les plus étincelantes des guirlandes.

D'entrée, on en prend plein la gueule avec une relecture très crado du déjà bien poisseux "Santa Claus" de ces vieux roublards de Sonics. Ambiance garantie. S'en suit un "Christmas Lights" en mode rock garage millésimé qui envoie du bois de traîneau, le son est toujours aussi dégueulasse, il porte la patte graisseuse du sauvage Billy. "Father Christmas Is Dressed In Green", "A Poundland Christmas" ou "Merry Christmas Fritz", tout cela sent bon la bière tiède et le Fish & Chips froid, un bon gros réveillon de Lads en somme. Assurément dépaysant pour le pékin moyen. Wild Billy et ses sbires convoquent également les fantômes des Ramones le temps d'un morceau génialement pop intitulé "Mistletoe". On plonge finalement dans le chaos avec "Christmas Hell", une intense scène de ménage sur fond de blues anglais incandescent. Guitare saturée, rythmique lourde et harmonica omniprésent, on se croirait carrément sur le premier album des Pretty Things. L'affaire se termine avec le morceau-titre, punk British typique, tant par le ton que par l'humour. "Merry Fuckin' Christmas To You All..."

Christmas 1979 est un album concis qui ne faiblit jamais, toujours sur la corde raide, collé à la ligne blanche.

samedi 14 décembre 2013

N° 129 - GURU - Jazzmatazz Volume 1 - 1993


Pour son premier album "solo" le rappeur Guru choisit de créér un manifeste qui tienne autant du hip-hop que du jazz. Mais attention, il est nullement question d'uniquement sampler des morceaux de jazz, non ici il y a aussi de la musique vivante, avec pléthore d'invités des deux bords. Entre autres, Roy Ayers, Donald Byrd et même le tout jeune MC Solaar, bref, du beau monde. Jazzmatazz est un exemple de plus prouvant que la musique se nourrit des ponts et du métissage. Quand la fusion se fait totale, le résultat est souvent grandiose, ici le Gumbo est relevé juste ce qu'il faut et la sauce prend bien, même très bien.

Après une courte introduction durant laquelle notre hôte nous accueille chaleureusement dans le club enfumé tout en nous présentant les invités du soir, les choses sérieuses commencent avec le bouillant "Loungin'". D'entrée de jeu ce qui frappe c'est le moelleux du son, de la pure chaleur de musique noire, ce truc si particulier qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. La trompette de Donald Byrd virevolte sur le groove gras de la section rythmique tandis que Guru pose un rap soutenu mais définitivement cool. "When You're Near" quant à lui, tire plus vers un G-Funk organique mais débarrassé de l’esthétique gangster parfois pesante. Plus loin "No Time To Play" semble tout droit échappé d'une bande-originale d'un vieux film policier de la grande époque, le modernisme en plus; un peu comme si Lalo Schifrin rencontrait le jeune Snoop Dogg. Sur "Take A Look (At Yourself)" Roy Ayers tisse un tapis de good vibes qui s'imbrique à la perfection dans un rap lourd, mais au groove toujours aussi imparable. Mc Solaar vient tranquillement poser sur le colossal "Le bien, le mal", sans doute le meilleur titre de l'ex-petit prodige du rap d'ici.

Au final, entre le jazz et le hip-hop, il n'y a pas de si grandes différences, les deux genres ont mis beaucoup de temps à se faire admettre par les tenants du bon goût et de la morale. Deux musiques respectables pas toujours respectées, la rencontre est évidente et pour tout dire, pertinente.

vendredi 6 décembre 2013

N°128 - NINO FERRER - Concert chez Harry - 1995


Voici probablement l'un des albums live les plus émouvants jamais gravés. Concert chez Harry est d'une rare intensité, il réussit le tour de force d'être à la fois intimiste et énergique. Nino y est grand, magistral, il survole l'orchestre avec une telle grâce que cela en devient surnaturel. Et puis techniquement, la prise de son est parfaite, si ronde, si chaude, les basses vous réchauffent le cœur tandis que les aigus vous chatouillent les tympans sans jamais les agresser.

Après une courte plage d'introduction et avant d'entamer une superbe version de "La maison près de la fontaine", Nino Ferrer lâche avec tendresse ces quelques mots si simples: "Vous allez bien?" suivi d'un timide "Moi Aussi", qui marque profondément lorsque l'on connait la suite. "La rua Medureida" résonne comme une comptine dans la chaleur de juillet, la présente version est d'une indescriptible beauté. "Notre chère Russie" une fois débarrassée dans sa production studio un peu trop marquée, dévoile enfin toute sa richesse et sa puissance. Après un "Trapèze volant" à l'interprétation proche du cœur et à l'os, Nino se lance dans un diptyque plus léger comme pour évacuer cette ambiance trop lourde qui plane. "Le Telefon" en version guitare-voix s'offre une seconde jeunesse tandis que "Mirza" se fait coiffer d’oripeaux gospels du plus bel effet. Plus loin c'est "Le Sud" que Nino nous livre sur un plateau. "Le Sud" est sans conteste l'une des plus belles chansons jamais composées, elle prouve que l'homme est capable, parfois, d'offrir de la beauté; elle rassure autant qu'elle désarme. La présente version est d'une intensité troublante, belle à faire pleurer. L'album se referme avec un inédit tout à fait délicieux écrit en partenariat avec William Shakespeare lui-même, "Homlet" pose encore et toujours cet éternel dilemme "Etre ou ne pas être? Telle est toujours la question, et il y a toujours jamais person qui y répond!"

Dernier témoignage de Nino Ferrer, ce Concert chez Harry est le plus beau des testaments. Un au-revoir plus qu'un adieu, mais Nino manque...

mercredi 16 octobre 2013

N°126 - DR VINCE & GÉRARD BASTE - Save Yourself Volume 8 - mixtape - 2010


Du gros son, du gras dans la raie du micro-sillon, un peu de liqueur frelatée et beaucoup de vulgarité, mais le tout dans la bonne humeur, ça dédouane. Sur cette mixtape, Dr Vince invite un Gérard Baste tout juste échappé du Svink. Cette rencontre pas improbable du tout est absolument explosive, imaginez un DJ complètement fou, capable de livrer des mashups furieux, associé au rappeur le plus grivois que la Gaule ait connue. Slips sales, casquettes de rappeur et tatouages, les deux gros envoient du lourd. 

D'entrée, Batman et Robin nous font la morale sur une éventuelle consommation d'alcool excessive, le disque n'a pas commencé depuis une minute, que déjà nous sommes transportés dans l'équivalent musical de la quatrième dimension. La suite se veut tout aussi réjouissante, entre une déclaration d'amour au hip-hop (et à la musique en général), un remix totalement apocalyptique du "We Will Rock You" de Queen, qui se termine en slip et moustache ainsi qu'un tutorial vous permettant de bien régler votre chaîne haute-fidélité; impossible de rester impassible. La prod' tabasse la gueule à grand renfort de samples cinq étoiles tandis que Gégé délivre des textes grassement ciselés, "Auvergne Anthem", "Maitre Kanter" ou encore "Speed Dating", tout cela fleure bon les Beastie Boys et le rap U.S de la grande époque. Les Beastie Boys, justement, verront leur génial "Sabotage" fusionné au "Whole Lotta Love" de Led Zeppelin, pour un résultat dépassant l’entendement. Les fans de Gainsbourg feront sans doute grincer leurs dentiers en écoutant "Je t'aime Top Billin", mais qu'importe, le talent a causé... 

Le disque est à l'image de sa splendide pochette, il fait rimer terroir, hip-hop deluxe, rock et biture. Du grand, du très grand art!

jeudi 26 septembre 2013

N°125 - THE BRIAN SETZER ORCHESTRA - Wolfgang's Big Night Out - 2007


De tous les projets de Brian Setzer, celui-ci est sans doute le plus atypique. Depuis la création de son Big Band au début des années 90, l'ex-Stray Cat n'a eu de cesse de s'en servir comme d'un laboratoire, une formation qui ne recule devant rien. Au-delà des classiques albums de swing, le Brian Setzer Orchestra a également publié trois disques de Noël de grande qualité, un autre en forme de film noir et ce Wolfgang's Big Night Out, constitué d'adaptation swing-rock de standards de la musique classique. Un projet qui sur le papier a tout du plan foireux et boursouflé, mais c'est sans compter sur le talent de Brian Setzer et de sa troupe. Le travail d’arrangement est absolument phénoménal et, qui plus est, toujours d'un goût très sûr. 

Départ en fanfare avec une adaptation swing de la "Cinquième Symphonie" de Beethoven, les cuivres sautillent littéralement sur une rythmique à toute épreuve, c'est bien la première fois qu'il est possible de danser sur la cinquième... "One More Night With You" transporte Edvard Grieg durant l'entre-deux guerres avec un jazz-vocal digne de cet âge d'or du genre. "Eine Kleine Nachtmusik" de Mozart se voit également offrir un traitement swing, laissant entrevoir une nuit chaude et mouvementée. "Honey Man" quant à lui, transforme le "vol du bourdon" en un trip rockab' complètement fou, flirtant avec le surf-rock de Dick Dale, il fallait oser. Dans un genre similaire, "La danse du sabre" se métamorphose en une furie psychobilly, le résultat est surréaliste; la grande maîtrise de Brian Setzer force le respect. "La lettre à Élise" de Beethoven s'offre une seconde jeunesse en forme de jazz manouche façon Django, le résultat est certes assez convenu, mais tout de même très plaisant; cela permet surtout d'entendre enfin Brian se lâcher en acoustique. "Some River In Europe" est une adaptation du "Danube Bleu" de Strauss, l’introduction est pour une fois assez respectueuse de l'oeuvre originale, mais c'est pour mieux démarrer par la suite. Cette transposition swing est sans doute la plus saugrenue de l'album, mais c'est une réussite totale. Le disque se referme avec un traditionnel de Noël anglais, "God Rest You Merry, Gentleman", ici nommé "Take A Break Guy", ce final clôt l'affaire sur une note plus heavy, avec un solo hard absolument divin.

Wolfgang's Big Night Out est une nouvelle réussite pour le Brian Setzer Orchestra qui fait preuve comme toujours d'une grande maîtrise, d'un grain de folie et d'un goût certain. Certes, on peut préférer le Brian Setzer  purement rockabilly, mais on ne peut dénigrer son orchestre magique.

vendredi 20 septembre 2013

N°123 - THE DARKNESS - One Way Ticket To Hell... And Back - 2005


One Way Ticket To Hell... And Back est le second album des Darkness, il a la lourde charge de succéder à Permission To Land, une première oeuvre au succès colossal. Mais le groupe hard-glam du Suffolk n'avait pas encore tout donné et ce voyage aller-retour pour le monde des ombres le prouve. Dans le fond, pas de gros changements, les frères Hawkins filent à un train d'enfer sur les rails posés précédemment. Cet album est le jumeau excessif, celui qui n'a aucune limite, à la fois fascinant et énervant, à ne surtout pas prendre au sérieux. Sans être aussi ouvertement humoristique et gras que les Tenacious D par exemple, The Darkness distillent du second degré par fût, dans la plus pure tradition anglaise.

Musique inquiétante, chorale d'outre-tombe et flûte de pan, on se croirait plongé dans un film d'aventure bas de gamme, mais soudain un mec sniffe de la coke suivi de près par un orchestre rock qui envoie le pâté. Justin Hawkins aime monter très haut dans les aigus, et il ne se prive pas de le faire. "One Way Ticket" use d'ingrédients mille fois utilisés auparavant, mais la sauce prend toujours. Diaboliquement efficace. Sans temps mort, voici que débarque "Knockers", un morceau beaucoup plus basique, mais pas moins efficace, loin de là, nous tenons même un véritable tube. Avec "Seemed Like A Good Idea At The Time", le groupe nous fait le coup classique de la ballade rock autant boursouflée de remords que de violons. Magistralement drôle. "Hazel Eyes" est un surréaliste trip hard-rock scottish au refrain absolument cinglé, un pur moment de bravoure. Sans vergogne, The Darkness s'offre avec "Bald" un délire horrifico-lyrique digne de Meat Loaf, les détenteurs du bon goût trouveront assurément de quoi râler. "Girlfriend" est radiophonique en diable, ce qui n'empêche pas Justin Hawkins de nous balancer un solo de mini-moog comme si de rien n'était, divin! L'album se clôt avec une doublette Mercurienne du plus bel effet. "English Country Garden" et "Blind Man" finiront d'achever l'auditeur soit complètement acquis à la cause du groupe, soit totalement écœuré par un trop plein de lyrisme démodé.

Après plusieurs années de disette, le groupe reviendra en 2012 avec Hot Cakes, un album fort sympathique, mais loin d'être aussi brillant que ce One Way Ticket To Hell... And Back.

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mercredi 18 septembre 2013

N°122 - THE BEATLES - Magical Mystery Tour - 1967


Dans son format long-jeu, ce disque n'est pas à proprement parler un véritable album des scarabattements, mais plutôt une compilation réalisée pour le marché américain qui comprend le double EP de six titres du même nom, ainsi que cinq autres morceaux publiés en 45 tours à la même période. Et très franchement, tout est bon! Pour une fois Capitol, la maison de disque ricaine du groupe, n'a pas commis de massacre, comme ce fut le cas jusqu'alors. En ajoutant ces chansons (toutes formidables, j'insiste sur ce point) parues uniquement en single, elle obtient au final un album cohérent qui soutient sans mal la comparaison avec son récent aîné, Sgt Pepper. Cette oeuvre bâtarde, ce Frankenstein sauce Beatles, est devenue la norme lors des nombreuses rééditions en compact ou vinyle, à tel point que l'on peut sans mal l'inclure à la discographie anglaise du groupe. Ah oui, dans sa forme originelle, Magical Mystery Tour est la bande-son du moyen-métrage du même nom. Le film sera un échec cuisant, la première vraie foirade des Beatles après plusieurs années passées en état de grâce. In fact, ce délire psychédélique n'est pas si mauvais, juste en roue libre, l'absence totale de scénario est toutefois compensée par quelques beaux moments.

Novembre 1967, Paul est mort depuis un an environ dans un tragique accident de la route. Les Beatles sont en deuil, mais décident d'engager un sosie du bassiste pour son remplacement Assez drôlement, ce sosie est encore en vie aujourd'hui, il continue de produire des albums de qualité et risque bien d'être le seul rescapé de la bande. Mais je ne vous apprends rien, chaque amateur un tant soit peu éclairé connait cette histoire. Nous ne sommes pas dupes messieurs les comploteurs! Blague à part, Magical Mystery Tour est un de mes albums favoris des scarabées, il clôt de bien belle manière la période psyché du groupe. 

Départ immédiat, on grimpe dans le bus bariolé pour un tour apte à défoncer les portes de la perception à grand renfort d'acide. Le morceau-titre est une annonce, un peu à la manière de celles en début et fin de Sgt Pepper. Évidente filiation. Plus éthérée, "The Fool On The Hill" est une ballade British d'une classe insensée, du McCartney pur jus (il est pas mort lui?). Déboule ensuite "Flying", un instrumental brinquebalant et psychédélique qui porte plutôt bien son nom, un condensé de son époque, planant et parfaitement maîtrisé. Écrite par George Harrison, "Blue Jay Way" est une pièce psyché inquiétante, une drôle de plongée dans le brouillard de Los Angeles. "I Am The Walrus" est la seule participation au niveau de l'écriture de John Lennon sur le EP originel, et quelle participation mes amis, c'est simple, ce morceau est le climax de ce fameux extended play. Le texte n'a pas de réel sens, c'est un collage cryptique qui donnera naissance aux interprétations les plus folles. "Penny Lane" et "Strawberry Fields Forever" étaient originellement des 45 tours issus des sessions de Sgt Pepper, mais absents de ce dernier. Deux chansons sur l'enfance, deux visions opposées, celle de John et celle de Paul, deux classiques absolument bouleversants. L'aventure prend fin avec "All You Need Is Love", la plaidoirie universelle pour la paix et l'amour qu'on ne présente plus.

Après cela, rien de sera plus jamais comme avant, l'album blanc naîtra dans la déchirure et l'amertume, sans même parler de l’avorté puis ressuscité Let It Be. Seul Abbey Road, le chant du cygne des quatre garçons plus tout à fait dans le vent, semble échapper à la malédiction. Un adieu digne, quelque peu terni toutefois par les piques à venir, mais après tout, ce ne sont finalement que des querelles imbéciles et les Beatles demeurent insurpassables.   

samedi 7 septembre 2013

N°120 - PRINCE FATTY & THE MUTANT HIFI - Return Of Gringo! - 2011


Vous aimez le musique surf, le ska et les bandes originales de Western-spaghetti? Si oui, il y a de fortes chances que ce disque soit fait pour vous, puisqu'il balance nonchalamment ces trois ingrédients explosifs dans un mixeur. Le résultat est un smoothie au goût de terre en forme de faux soundtrack d'un film imaginaire et barré. Le producteur pistolero un peu taré à l'origine du projet se nomme Mike "Prince Fatty" Pelanconi, un gars qui vient du dub et du reggae; cela se ressent dans la sonorité globale de l'album, grasse, ample et chaude.

Nuage de poussière rouge dansant dans la chaleur de l'été, coup de feu dans tous les sens, le "Transistor Cowboy" débarque en ville et ce n'est pas le shérif qui l'arrêtera. L'affaire commence par deux ou trois effets sonores, s'en suit un sec roulement de tambour, puis débarque une guitare surf poursuivie par une rythmique ska; un drôle de mariage qui pourtant fonctionne à merveille. "Black Powder" voit se pointer un siffleur digne d'une oeuvre de Morricone, et pour cause puisque le siffleur en question n'est autre qu'Alessandro Alessandroni en personne, déjà audible sur les bandes originales du grand Ennio, tout de suite ça calme! L'entendre siffler ainsi sur un rythme de ska est un vrai moment de plaisir. "Plague Of Locust" quant à lui traîne ses santiags sur un terrain dub absolument dément qui rappellera les hauts-faits de Lee "Scratch" Perry, carrément. Plus loin, "Way Back Home" accélère un peu la cadence, à la manière du ska skin des Specials, mais coiffé de Stetson, curieux. Retour du siffleur sur "Son Of A Thousand Fathers", dès les premières secondes on imagine volontiers une scène de duel en plein désert. Avec "The Good, The Vlad And The Ugly", nos cowboys se prennent une biture à la vodka, puisque le morceau revisite habilement un standard russe. Ceux qui possédaient une gameboy s'écriront "Eh! Mais c'est la musique de Tetris!!!", très juste. L'album se termine avec un autre classique, mais plus ensoleillé celui-là, "Hava Nagila", déjà repris en son temps par Dick Dale .

Return Of The Gringo! est une belle curiosité intégralement instrumentale, mais également un vibrant hommage au cinéma de genre. Même si au final, il s'avère un peu répétitif, un travers à la fois lié au ska et au surf rock, il eut été difficile de ne pas tomber dedans.

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vendredi 23 août 2013

N°119 - THE POGUES - If I Should Fall From Grace With God - 1988


L'autre chef-d'oeuvre des Pogues, paru deux ans et demi après le légendaire "Rum, Sodomy & The Lash", le coup d'éclat du groupe, sorti en 1985. Entre les deux, la bande a publié un E.P nommé "Poguetry In Motion" qui contenait le splendide "Rainy Night In Soho", l'une des plus belles ballades jamais écrites. Mais tout cela n'est que le préambule à cet album extraordinaire, "If I Sould Fall From Grace With God" est le sommet incontestable du groupe. Tout est au diapason, la qualité des compostions, les interprétations ainsi que la production (Steve Lillywhite), ce sont des Pogues en pleine possession de leur art qui livrent en ce froid mois de janvier 1988, un album qui restera gravé dans le marbre. Sur ce disque Shane McGowan est encore très présent à l'écriture, ce qui n'empêche pas Philip Chevron d'offrir ce pur moment de bravoure qu'est "Thousands Are Sailing". 

L'album débute avec la chanson-titre, un morceau de celtic-punk balancé avec la vélocité habituelle du groupe. On est en terrain connu, si ce n'est que la production semble plus ample. Sans baisse de rythme, les Pogues enchaînent avec un "Turkish Song Of The Damned" orientalisant et apte à réveiller les morts. Après plusieurs décharges d’adrénaline, le groupe baisse enfin la cadence le temps d'un "Fairytale Of New-York" magique, chanté en duo avec Kristy McColl, la fille d'Ewan McColl, le créateur de "Dirty Old Town". Sans aucun doute possible la plus belle chanson de Noël jamais pondue, d'une intensité rare. Plus loin, "Fiesta" déboule en mode polka-punk-ultra-speedé, un morceau qui sent la bière chaude, la tequila, le soleil et le vomi. C'est également un véritable bordel bardé de cuivres sauvages et autres effets en tous genres. Par charité, on omettra de citer le sacrilège qu'en fera Patrick Sébastien. S'en suit un Medley de chansons traditionnelles passé à la moulinette Pogue Mahone, le résultat est un magma celtico-punk chauffé à blanc, du genre à vous déchausser les dents. "Lullaby Of London" prouve si besoin en était encore, que Shane McGowan est un des plus grands Songwriters du vingtième siècle, cela rappelle aussi à quel point il est dommage qu'il se soit noyé dans les limbes sordides de l'alcool.

L'édition remasterisée et augmentée parue en 2005 est celle qu'il faut avoir. Le son est dément, les bonus sont géniaux. Un must. Les albums des Pogues ont cela de particulier que rien dans leurs productions ne laisse entendre qu'ils ont été enregistrés dans les années 80. Ils sont intemporels. 

jeudi 22 août 2013

N°118 - THOMAS FERSEN - Le pavillon des fous - 2005


Avec ce "Pavillon des fous", Thomas Fersen ajoute encore quelques animaux exotiques à son bestiaire pourtant déjà bien garni. Jadis une chauve-souris aimait un parapluie, maintenant, un iguanodon dandy-charmeur de femmes ou un moustique accro à la lumière d'un lampadaire. Avec ce sixième album, le chanteur lâche un peu les ornements très "chansons françaises" pour filer en douce vers quelque chose de plus pop et accessible, une tendance déjà palpable sur son précédent opus. Toujours aussi surréalistes et poétiques, les chansons de Fersen fusent d'images à la fois belles et bancales. Des fables animalières bizarres, des portraits de fous ou de simples divagations, tout ici n'est que plaisir.

Premier portrait, premier émoi, "Hyacinthe", un prénom de fleur pour un homme dangereux, un fou à l'air benoît. A la fois drôle et gênante, la description faite de ce personnage haut en couleur est pleine d'humour noire, un délice. Et "Pegase" qui se meurt à la lumière artificielle comme un junkie dans sa came. Un oiseau de nuit taillé pour les éclairages pâles des étoiles. Une mort mise en musique sans une once de mélancolie, la beauté surgit parfois là où on ne l'attend pas. "Mon Iguanodon", ballade dandy, pour un charmeur en écaille; de la poésie animale très tendre, mais possédant un sous-texte sexuel, le tout ayant des allures de cantique. Conte pour enfants sauvages, "Je n'ai pas la gale" joue avec les codes et la morale des récits pour gosse. Sur un air presque folklorique, Fersen dresse une fois de plus un portrait déviant du plus bel effet. Catherine Ringer irradie "Maudie" de sa présence, parfaite en folle se prenant pour la reine d'Angleterre. Cette chanson pose, l'air de rien, un regard juste sur la folie vue par les gens soit-disant saints d’esprit. "Cosmos" possède le lyrisme beau et grotesque des premières oeuvres de Thiefaine. Encore une fois le chanteur y détourne les codes de l'enfance, le texte est semblable à celui d'une berceuse, une grande quiétude émane du morceau et ce malgré la mort de l'animal!

"Le pavillon des fous" est un très grand disque de pop française, chose trop rare. Une oeuvre entière. Peut-être le sommet de monsieur.

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lundi 19 août 2013

N°117 - JOHNNY CASH & WILLIE NELSON - VH1 Storytellers - 1998


Ce live-là est souvent oublié lorsque l'on parle de la grande période "American" de Johnny Cash, et pourtant, bien qu'issu de l'émission Storytellers de VH1, celui-ci est bel et bien produit par Rick Rubin pour American Recordings. Deux légendes sur scène, la moitié des Highwaymen, deux amis décontractés qui s'échangent leurs morceaux, qui en parlent beaucoup; en gros, deux potes qui jament tranquillement pour le plus grand bonheur des personnes présentes, et plus tard les auditeurs de l'album. Nous avons droit à un concert intimiste, juste deux voix et deux guitares, de la musique vivante, de la musique qui respire, de la musique vraie. Très loin de l’artificialité du studio ou du Barnum que devient parfois un show rock. Ici tout n'est qu'émotion.

Hello, I'm Johhny Cash... And I'm Willie Nelson, rien que ça, fichtre, il y a de quoi être intimidé. Le concert débute ensuite avec le classique "Ghost Riders In The Sky", interprété en un duo à la fois vocal et musical. Cash pose sa voix grave et sa guitare rythmique si reconnaissable tandis que Willie chante divinement tout en nous offrant des solos de guitare très jazz, magnifique. Et que dire de "Worried Man", qui n'a jamais sonné de manière aussi intense? C'est à la fois triste et beau, et les zébrures reggae que nous balance Willie Nelson à la six cordes ne sont pas étrangères à cette sensation de bien être. Les deux légendes s'enchaînent ensuite avec des titres issus du même baril, parfois à deux voix, parfois en solitaire, mais la fusion demeure totale. "Night Life", "Flesh And Blood" ou "Don't Take Your Guns To Town", tout cela n'est que du nectar single malt. En fin de concert Willie, le vieil outlaw, nous offre une bouleversante interprétation de "Always On My Mind", surpassant en émotion toutes les versions existantes de ce monument. Pas le temps de s'en remettre, que déjà Johnny Cash entonne "Folsom Prison Blues", sans doute son morceau le plus emblématique. Willie prend les solos façon Django, tandis que l'homme en noir s'éclate comme rarement. Good Mood. Les deux compères terminent le show avec un "On The Road Again" tronqué en guise de générique de fin. Un morceau qui résume plutôt bien l'ambiance de ce concert si particulier.

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dimanche 11 août 2013

N°116 - BIG SOUL - Love Crazy - 1997


Il y a des disques plus autobiographiques que d'autres, des disques vous transportant instantanément vers une autre époque, des disques qui rendent heureux et nostalgique à la fois. Et bien pour moi, "Love Crazy" appartient tout entier à cette catégorie. Bande-son de mon adolescence, fin des années 90, beaucoup de glande, des heures de jeux-vidéo, de découvertes musicales et de découvertes tout court. Des étés sans fin, bercé par le son ensoleillé de Big Soul, de Green Day ou des Pixies. Cet album est arrivé pile au bon moment au bon endroit. Tout est une question de timing, et la variable autobiographique d'un disque n'est absolument pas en relation avec sa qualité. "Love Crazy" n'est certes pas un chef-d'oeuvre, comme peuvent l'être les classiques des années 60, mais au moment où il est entré dans nos vies, il n'était pas loin d'être le meilleur album du monde. Avec son énergie non contrôlée et sa furie toute adolescente, pas prise de tête pour un sou, le meilleur album du monde je vous dis. Du punk californien teinté de soul et de vieux rock.

Déjà le nom du groupe provient d'une chanson de John Lee Hooker, pas la pire des références, presque un gage de qualité. Après un premier album au succès retentissant, en France du moins, le trio californien sort "Love Crazy". Avec ce deuxième opus, le groupe se canalise un peu, moins brouillon, plus travaillé, mais toujours aussi cinglé. Il explore de nouveaux terrains, le rap s'incruste dans plusieurs morceaux, offrant un mélange des genres divin. 'The Soulin'" et "The Brothers" lorgnent du côté des Beastie Boys, période "Ill Communication". Tandis que "Julene", "Marylou" ou "Breakerbox" envoient un punk léger mâtiné de surf rock, tel un prolongement de l'oeuvre des Ramones, "Thread" rejoint le style parfois excessif des premiers Pixies, une composition élastique qui se mue en Jam furieux proche de l'auto-combustion.

Après "Love Crazy", le groupe mettra près de cinq années avant de publier un nouvel album, le très différent "Funky Beats". Plus orienté hip-hop, celui-ci, malgré ses qualités, ne connaîtra pas le succès de ses aînés. Depuis, c'est le silence radio.


lundi 5 août 2013

N°115 - THE WHITE BUFFALO - Once Upon A Time In The West - 2012


Bruit de Harley Davidson déchirant la nuit, volée de poussière rouge aux abords de l'Interstate, la voiture du shérif s'élance tout gyrophare en action. La gomme se désagrège sur le bitume, l'odeur est forte et le crissement des pneus vrille les tympans. A l'horizon la moto crache du feu, des restes de super ayant échappé à la combustion. Déjà le motard est loin, il sort de la juridiction, le shérif se retrouve seul dans l'obscurité, perdu face à son impuissance. L'ange de la mort chevauchant sa machine bardée de chrome semble n'être plus qu'un lointain fantôme, une vision de l’esprit. Cet enfant de l'anarchie est bien trop libre pour être enfermé. A quoi bon se battre encore? La vieille Ford Crown Victoria noire et blanche s'immobilise sur le bas côté de la route, balbutiant mollement une parodie d'alarme. C'est la ballade d'un homme mort qui échappe aux lois des vivants. 

"Ballad Of A Deadman", champ de ruine, relent de guerre et de visions atroces qui se transforment en musique, comme pour mieux exorciser le mal. Les sentiments sont à vif. "How The West Was Born" ou comment condenser des décennies d'imagerie Western en un peu moins de quatre minutes. La rythmique speede comme un mustang fou tandis que le banjo se tortille tel un rattlesnake prêt à tuer. Avec "One Lone Night", The White Buffalo prouvent une fois de plus qu'ils sont capables de pondre de la ballade qui tue en un clin d’œil. Une invitation au voyage de nuit. Dans un registre similaire, "Wish It Was True"  pressera le cœur pour mieux laisser rouler des larmes incendiaires le long des enfers. Une rivière de peine en crue. Plus loin, "Good Ol' Day To Die" déferle furieusement comme pour tromper la mort, un rouleau compresseur d'énergie brute. La route toujours, le défi du "Stunt Driver" qui roule de nuit tous feux éteints, à croire que ce disque est un doigt d'honneur permanent dressé à la gueule de la grande faucheuse. Forcément jouissif!  

jeudi 1 août 2013

N°114 - BIG STAR - #1 Record - 1972


Alex Chilton le précoce chanteur des Box Tops n'a que vingt ans lorsque son groupe baisse les bras, après de multiples changements de personnel . Vingt petites années mais déjà quatre albums au compteur, et un succès colossal: "The Letter", le seul vrai carton de sa carrière. Pour son second groupe, Alex Chilton retrouve un ancien compagnon d'école, Chris Bell. Ce qui conduira à la création de l'une des formations les plus injustement bafouées de tous les temps: Big Star. Un combo hors du temps qui livre une musique pop et simple, puisant sa force entre le Liverpool des Beatles et sa terre natale, Memphis. C'est là tout le paradoxe de la chose, alors que les survivants des années soixante passent au hard-rock ou au rock-prog, Big Star semble bloqué dans une époque déjà bien lointaine.  

"#1 Record" forme une collection de douze chansons pop-rock (power pop?) absolument divine et intemporelle. Voilà le vrai secret du disque; si à sa sortie celui-ci semblait "daté", aujourd'hui force est de constater que les errements progressifs de l'époque ont nettement moins bien vieilli. Au même titre que sa sobre pochette, "#1 Record" évolue hors du temps. 

"Feel", le morceau d'ouverture envoie un rock électrique qui n'est pas sans rappeler les moments les plus agités de "l'album blanc" des scarabées. S'en suit le splendide "Ballad Of El Goodo", comme pour souffler le chaud et le froid, cette chanson semble puiser ses racines dans le vieux sud. Toujours ces mêmes visions moites et torrides, le soleil de plomb, la chaleur étouffante et ces climatiseurs presque obligatoires. Dans un monde normalement constitué "In The Street" aurait eu un destin tout autre, tant ce morceau frise la perfection. Cheap Trick en fera d'ailleurs une reprise plus musclée qui servira de générique à la série télé "That 70's Show". Dans le même genre "Don't Lie To Me" déferle au travers des enceintes sous la forme d'un blues-rock des enfers, ça dépote grave, à la manière du "Revolution" des Beatles (encore eux). La face B (pour causer antique) est plus orientée vers la ballade et les guitares acoustiques, ce qui n'empêche pas "My Life Is Right" d'être injecté d'une grande puissance chargée en courant continu. "Watch The Sunrise" possède quant à elle la force naïve des compositions de la décennie passée, une vraie bouffée d'air frais.

Alex Chilton nous a quitté en mars 2010, fin de l'histoire.

mercredi 31 juillet 2013

N°113 - N.A.S.A - The Spirit Of Apollo - 2009


Comment vous parler d'un disque aussi dense, foisonnant et complexe? "The Spirit Of Apollo" fait partie de ces projets déments qui sont la somme d'une multitude d'entités opposées mais qui miraculeusement se marient dans une grande messe orgiaque. N.A.S.A est né des cerveaux malades de Sam Spiegel et Zé Gonzales, deux producteurs et DJ qui ont eu comme folle ambition de réunir sur un seul disque une forte quantité de musiciens issus d'horizons différents. Sur fond de conquête spatiale, les deux savants fous vont accoucher d'un joyeux bordel où se mêlent Chuck D, une grosse partie du Wu-Tang Clan, Santigold, M.I.A mais aussi Tom Waits, David Byrne ou George Clinton, et bien d'autres encore. Bref, que du beau linge qui donne le meilleur de lui-même. Si avec cela vous n'avez pas déjà cliqué sur le lien spotify, c'est que vous avez un sérieux problème.

Après une courte introduction qui fait office de mise à feu, voici que débarque "The People Tree" qui mélange rap à l'ancienne, reggae et refrain pop; bizarrement ça fonctionne très bien. Sans temps mort, "Money" creuse encore un peu plus le sillon Oldschool, la présence au micro de Chuck D n'est sans doute pas étrangère à ce sentiment. Avec un rappeur de la trempe de Method Man, inutile de préciser que le titre "N.a.s.a Music" envoie du lourd, du bon rap bien gras comme on n'en fait plus ou trop peu. "Way Down" offre à l'album un détour soul du plus bel effet, à noter la présence de RZA, toujours égal à lui-même. Tom Waits et Kool Keith quant à eux nous crachent un "Spacious Thoughts" qui fait froid dans le dos. Il faut entendre le Monsieur Loyal du rock éructer son texte tel un conteur absurde et malsain pour prendre toute la mesure de cette démentielle entreprise. Les protéiformes producteurs ont eu l'intelligence de créer des compositions toujours en harmonie avec les styles de leurs invités, ainsi George Clinton fait du Parliament-Funkadelic sur "There's A Party" et M.I.A fait du M.I.A sur "Wachadoin'?", mais toujours avec le petit plus qui offre toute sa cohérence au projet.

Sous bien des aspects, le travail de producteur effectué sur cet album fait penser à celui de George Martin sur "Sgt Pepper", tant il repousse les limites.