Pour faire mon choix au pif dans ma discothèque, j'ai procédé de la manière suivante. J'ai tiré un cd les yeux fermés de mes étagères. Et la, bing, "The Great Escape"! Cool, le meilleur album de Blur, mais pas de quoi sauter de joie non plus, même si j'adore vraiment ce disque. J'aurai préféré une perle obscure pour me la péter, mais bon. Plus tard, en réfléchissant sur la manière dont j'allais tourner ma chronique, j'ai eu LA révélation. Mais que le hasard fait bien les choses! "The Great Escape" est un de mes premiers disques, enfin je veux dire un des premiers vraiment persos, acquis (ou plutôt quémandés) par goût; pas la dernière compil' dance du moment. Rappelons que nous sommes en 1995, l'heure de gloire de l'euro-dance, cette musique atroce. C'était également la grande époque de la brit'-pop, Blur v.s Oasis, comme jadis les Stones contre les Beatles. J'avais 12 ans, je ne pigeais pas tout, mais la musique que j'entendais était sidérante! "Wonderwall", "Boys And Girls" ou encore "Allright", que des classiques instantanés. Une nouvelle British-Invasion!
Je me souviens très bien de la première fois que j'ai posé le disque sur la platine, je n'ai pas très bien compris ce que j'étais en train d'écouter. "The Great Escape" est un disque tellement British, un disque boulimique qui recrache 30 ans de musique populaire issue de la perfide Albion. L'album contient au moins un grand hit, le très Kinksien "Country House", qui reste encore aujourd'hui l'une de mes chansons préférées. Non, ce n'est pas de la nostalgie! Et que dire de "Best Days", ce morceau mélancolique qui frise la perfection, la mélodie est d'une telle beauté, chaque fois que je l'écoute, j'ai douze ans à nouveau. "The Great Escape" est un album plutôt désabusé, malgré des chansons au rythme plus enjoué tel que "Charmless Man" ou "Entertain Me", cette dernière est d'ailleurs une redite de "Boys And Girls", LE tube de "Parklife", le précédent opus du groupe. "Fade Away" fait penser aux Specials, période "More Specials" et "Ghost Town", quelle classe! Je suppose que pour les générations précédentes, la Brit'pop des années 90 n'est qu'une pale redite, mais pour ma génération, c'est la découverte. Après ça, la porte était grande ouverte pour les Kinks, les Beatles et autres Pretty Things. Mais comme les premières fois sont toujours plus intenses, les émotions demeurent plus vives. Du coup, au grand dam de mes aînés, je l'affirme, si je devais choisir entre "Face To Face" des Kinks ou ce disque, je choisis ce dernier.
Pour le bien de cette chronique, je me suis racheté l'album en version deluxe, avec un joli artwork et aussi un deuxième cd rempli de faces-b. Tout n'est pas indispensable, mais il y a deux ou trois belles choses telles que "One Born Every Minute" ou "Ultranol", et bien sûr le duo avec Françoise Hardy, un petit cadeau pour l'édition française d'époque.









